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De Tatiana de Rosnay, j'avais déjà lu "Elle s'appelait Sarah", qui m'avait véritablement bouleversée, puis "Boomerang", qui m'ayant alors nettement moins enthousiasmée, m'avait poussé à prendre quelques distances avec cette auteure. Avec "Rose", j'ai décidé de m'accorder une nouvelle chance de me réconcilier avec le talent de Tatiana de Rosnay et... je me félicite de l'avoir fait!

 

Ce roman nous plonge dans le Paris de la deuxième partie du XIX° siècle, sous le règne de l'empereur Napoléon III et sous la férule du préfet de la Seine, le baron Haussmann. Ce livre a été initialement rédigé en anglais et son titre original est "The house I loved", qui en dit bien plus long sur son histoire que l'adaptation qui en a été faite en français, puisque la demeure familiale apparaît effectivement tel un personnage-phare du récit. Toutefois, je tiens à préciser qu'il ne s'agit nullement là d'une critique de ma part, puisque je suis entièrement d'accord avec le fait qu'une traduction littérale du titre aurait été fort maladroite, pour ne pas dire carrément "bancale". J'en profite d'ailleurs pour louer le travail du traducteur, Raymond Clarinard, qui nous livre un magnifique texte au niveau de langue élevé et parfaitement à la hauteur d'un écrit du XIX° siècle.

 

Le personnage principal, Rose Bazelet, se voit contraint d'abandonner sa maison familiale, située en plein coeur du quartier latin parisien, dans l'une des rues qui doivent être rasées afin de donner naissance au futur boulevard Saint Germain. En effet, sous la direction du baron Haussmann, le vieux Paris a été en grande partie remodelé dans un souci de modernité et d'assainissement, avec notamment la création de réseaux d'égoûts. Certaines petites rues ont ainsi laissé place à de grands boulevards qui ont redessiné la ville sur 60% de son territoire, et pas moins de 18 000 maisons ont donc été détruites entre 1852 et 1868. La trame de ce roman trouve précisément son ancrage dans la souffrance de l'expropriation vécue alors par de nombreuses familles parisiennes. Rose Bazelet, veuve et âgée de 59 ans, refuse de quitter son domicile. A l'heure de ce qui sonne pour elle comme le bilan de son existence, ce roman nous narre à travers une émouvante correspondance entre elle et son défunt mari, les bonheurs et malheurs de leur vie familiale, ainsi que les raisons profondes du choix définitif de Rose.

 

Tatiana de Rosnay a le don de complètement diversifier ses thèmes et ses univers d'inspiration (de façon parfois déroutante pour moi) mais j'ai vraiment été conquise par celui-ci! Je ne regarderai plus jamais les rues de Saint Germain des Prés de la même manière! Le personnage fictif de Rose restera pour moi à jamais associé à ce quartier que j'aime tant, et où je n'avais pas imaginé que tant de familles avaient souffert pour donner lieu à ce qu'il est aujourd'hui. L'ensemble du roman, s'il est évocateur de douleur, n'en est pas moins empreint de poésie et nous porte délicatement vers la détermination sans faille de Rose... C'est décidément une très belle lecture!

 

Ed. Héloïse d'Ormesson, 2011

Ed. Le Livre de Poche, 2012