08 février 2019

"Le Prince à la petite tasse", Emilie de Turckheim

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C'est un livre que j'ai découvert grâce à Bookstagram: une blogueuse a su me donner vraiment envie de le lire et je me suis aussitôt précipitée chez mon libraire. Du coup, grosse pression pour moi maintenant car vais-je réussir à en faire de même pour vous?... Je l'espère!

 

Il ne s'agit pas ici d'un roman mais plutôt d'un récit sous forme de journal, écrit par Emilie de Turckeim (pourtant romancière) et qui relate un pan de sa vie de famille. En effet, l'auteure, son mari et ses enfants ont décidé d'accueillir chez eux, dans leur appartement parisien et pendant un an, un jeune réfugié afghan qui vient d'obtenir ses papiers. Ce dernier dispose d'un emploi mais n'a pas encore suffisamment de revenus pour pouvoir déposer une caution pour une location de logement et il n'a personne non plus qui puisse se porter garant pour lui. Une association d'aide aux migrants met donc en relation des familles désireuses de tendre la main à ces jeunes et des réfugiés nécessitant en quelque sorte d'une "famille d'adoption provisoire". C'est ainsi que Reza, qui a fuit seul son pays en guerre à l'âge de douze ans et qui est aujourd'hui âgé d'une vingtaine d'années, arrive chez eux un jour d'hiver...

 

Cette expérience familiale (et là, je me dis "qu'expérience" est assurément un bien vilain mot pour désigner une si jolie aventure humaine...) nous est livrée sans fard, telle qu'elle a réellement été vécue et on se rend vite compte à quel point la présence de Reza a été une chance pour chacun d'entre eux. En tout cas, c'est vraiment ce qu'il me restera de ce récit: l'histoire d'un échange mutuel réalisé avec beaucoup de respect et de délicatesse par les deux parties, un véritable enrichissement culturel pour tous, petits et grands et enfin, beaucoup d'humanité! Comme on se sent minuscule face au destin de Reza! Comme on se sent minuscule face à l'exemple donné par cette famille! Et comme on se sent étriqué dans notre petite vie douillette et bien ordonnée! C'est un livre que je recommande à tous ceux qui ont encore foi en l'Homme mais aussi à ceux qui ne l'ont plus, car on ne peut rester insensible à l'audace initiale de cette famille et à son dévouement envers autrui. Reza est à présent quasiment devenu l'un des leurs, et sans leur aide, il ne serait peut-être pas aussi intégré, ni aussi épanoui dans notre pays... Félicitations à l'auteure qui partage avec nous ces petites bribes de vie, sans voyeurisme aucun! Et finalement, grâce à tout cela, quelque part, nous aussi on ressort plus riche d'une telle lecture... C'est incontestablement un livre qui fait du bien!

 

Ed. Calmann-Lévy 2018


29 janvier 2019

"On regrettera plus tard", Agnès Ledig

 

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Mon premier Ledig! Eh bien, ce ne sera pas le dernier! Vous en avez lus, vous? Certaines critiques affirment que c'est mal écrit: ah bon ?... D'ailleurs, il n'y a rien qui m'agace autant que de voir un livre se faire "descendre"! Parce que d'abord, qui nous dit que l'auteur l'a écrit en visant le Goncourt? C'est même certainement plutôt le contraire: on écrit pour raconter une histoire, pour livrer une partie de son âme... Alors de quel droit peut-on s'ériger en juge littéraire? Après, on a le droit d'aimer ou pas, mais de là à asséner de tels reproches... Du coup, j'ai préféré en juger par moi-même et j'ai bien fait car j'ai vraiment aimé! Je vais vous dire pourquoi...

 

Tout d'abord, l'histoire... Une nuit d'orage, un village un peu isolé et brusquement, des coups vigoureux frappés à la porte de Valentine, l'institutrice. Là, on se demande si ça va virer au thriller et non, on tombe sur une histoire de "gens", d'humains quoi, en l'occurrence d'un papa qui porte sa fille malade, Anna-Nina, âgée de sept ans, dans ses bras et qui vient solliciter de l'aide et un abri. Au fil des jours, on découvre des êtres touchants que la vie a écorchés, des balbutiements de sentiments, saupoudrés de témoignages du passé quand ce dernier vient s'en mêler, en remontant jusqu'à la Seconde guerre mondiale avec l'histoire de Suzanne, épouse d'un résistant. Bref, des bobos d'amour, des bobos de vie, et des espoirs, passés et futurs, vains et glorieux: on ne s'ennuie pas, on suit les personnages, on s'enthousiasme et on s'émeut, tout ça dans le désordre parce que sinon ce serait trop facile!

 

Impossible pour moi de porter un jugement sur l'ensemble des oeuvres d'Agnès Ledig alors que je n'ai pour l'instant, lu qu'un seul livre mais je peux vous dire que j'ai aimé son style, la sincérité que l'on trouve dans cette histoire et ses personnages qui nous semblent proches. C'est une belle histoire, tout simplement, qui me fait penser à celles racontées dans les films de Claude Sautet, tel "Vincent, François, Paul et les autres": où l'on savoure des tranches de vie et des êtres qui se débattent dans leur existence, pas si mal, non ?... En tout cas c'est certain, moi je re-signerai avec plaisir pour Agnès Ledig!

 

Ed. Pocket, 2018

Ed. Albin Michel, 2016

25 janvier 2019

"Le Lilas ne refleurit qu'après un hiver rigoureux", Martha Hall Kelly (trad. Géraldine d'Amico)

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Cette fois, je n'ai pas été attirée en premier lieu par l'esthétisme du livre mais plutôt par son titre, que j'ai trouvé terriblement poétique. L'accroche de la romancière, Tatiana de Rosnay, en couverture qui annonce, je cite: "Un premier roman époustouflant, absolument impossible à lâcher" a également parfaitement joué son rôle en ce qui me concerne, et je me suis donc aussitôt penchée sur le résumé, lequel a alors fini de me convaincre. Vous voulez savoir si le roman m'a plu ? Je vous répondrais que j'ai lu les six cents pages en trois jours...

 

Cependant, et avant de revenir sur l'histoire en elle-même, j'aimerais souligner un point précis: le travail épatant de la traductrice qui du titre original anglais "Lilac Girls" nous livre ici un titre français, comme je le disais précédemment, non seulement poétique mais illustrant de plus à la perfection ce roman. Et bien entendu, superbe traduction également de l'ensemble de l'oeuvre!

 

Ce roman nous narre trois destins croisés de femmes, en Europe et aux Etats-Unis, de 1939 à 1959: Caroline Ferriday qui travaille au Consulat français de New York, Kasia Kuzmerick, une toute jeune résistante polonaise et enfin, Herta Oberheuser, un médecin allemand totalement voué à la cause nazie. Ces personnalités fortes et si différentes vont connaître les temps troublés et les horreurs de la Seconde guerre mondiale. D'ailleurs, je tiens à préciser que les âmes sensibles seront peut-être aussi ébranlées que j'ai pu l'être, lors des chapitres consacrés à la vie dans les camps de concentration (et je n'en suis pourtant pas à ma première lecture du genre...). Et ébranlée, je l'ai aussi été en apprenant que cette histoire a été inspirée de faits et de personnages réels, telle la formidable Caroline Ferriday, qui n'a eu de cesse de venir en aide aux victimes de la guerre.

 

Face à l'ignominie de certains, on trouve ainsi dans ce roman de magnifiques âmes, des êtres purs qui redonnent foi en l'humain. C'est pour ça que l'on ne peut lâcher ce livre une fois qu'on l'a commencé: malgré certains passages difficiles, on est subjugué par l'espoir porté par ces lignes. On sait que malheureusement, nombreuses ont été les Kasia Kuzmerick, alors apprendre que de "vraies" Caroline Ferriday ont réellement existé, remet un peu les choses à leur place... (dans nos petites têtes de lecteurs bouleversés, j'entends!). 

 

Je terminerais simplement en ajoutant (mais sans vouloir en dire trop...) que ce livre met aussi l'accent sur la triste réalité de la "question médicale" dans les camps de la mort: bravo à Martha Hall Kelly d'avoir fourni un travail si consciencieux et si documenté! Pour un premier roman, l'auteure a réalisé là un coup de maître: ce livre est devenu dès sa parution un best-seller du New York Times, nul doute qu'il connaîtra le même sort en Europe, car vous l'avez compris je pense, voilà bien un livre qui marque les esprits!

Ed. Charleston, 2018

Ed. France Loisirs, 2018

21 janvier 2019

"Birthday Girl", Haruki Murakami (trad. Hélène Morita)

 

 

 

 

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Depuis quelques semaines, j'entendais beaucoup parler de l'auteur japonais, Haruki Murakami, alors quand j'ai découvert ce petit ouvrage au hasard d'une flânerie chez mon libraire, j'ai senti que c'était "un signe", c'est à dire le bon moment pour aller visiter son univers.

 

Pour être honnête, je dois tout de même vous avouer que c'est tout d'abord l'objet en lui-même qui m'a attirée: un livre tout fin en format de poche, d'à peine une soixantaine de pages, de fort jolis dessins de l'illustratrice allemande, Kat Menschik, l'ensemble sur papier glacé: voilà l'esthétisme livresque parfait selon moi!

 

 

 

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Puis, vint l'histoire... Cette nouvelle (puisque c'est bien de cela qu'il s'agit) nous entraîne dans le Tokyo d'aujourd'hui, en compagnie d'une jeune serveuse employée dans un restaurant italien renommé, qui se voit contrainte de remplacer une collègue souffrante,  le jour même de ses vingt ans. Et comme ce jour-là, le directeur du restaurant tombe lui aussi malade et qu'il est obligé de rentrer chez lui, c'est à elle qu'incombe alors l'honorifique tâche de livrer son repas au propriétaire de l'établissement, un vieux monsieur respectable et plein de sagesse, qui lui propose de formuler un voeu à l'occasion de son vingtième printemps.

 

"Birthday Girl" se rapproche, à mon sens, du conte avec une touche de mélancolie et un climat hypnotique apparemment propre à l'auteur, et qui me sied bien. On nous en dit un peu mais pas trop, juste ce qu'il faut en fait, tels trois points de suspension qui nous inciteraient, tout en retenue, à plonger dans l'imaginaire de l'auteur et dans le nôtre, entre pudeur et poésie... Un petit livre qui est apparu telle une parenthèse parmi mes romans habituels, car je ne suis d'ordinaire pas très friande de nouvelles mais que je suis cependant ravie d'avoir découvert. Et donc, une première introduction à l'univers de cet écrivain que je compte bien poursuivre!

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 Ed. 10/18 Belfond, 2017

 

18 janvier 2019

"Ce que Fanny veut" de Karine Lebert

 

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Je vous ai précédemment parlé de Karine Lebert pour son roman "Autour de Margaux". Cette fois, c'est dans une autre époque et en d'autres lieux qu'elle nous entraîne avec le titre: "Ce que Fanny veut", soit dans le Paris de la fin du XIX° siècle, et plus particulièrement à Montmartre (qui plus est, quartier que j'affectionne tant).

 

La jeune Fanny Descoeur vit dans le village de Montmartre alors appelé "Maquis", sur la Butte aujourd'hui célèbre, et est issue d'une famille de condition modeste. Agée d'à peine seize ans, elle sait pourtant déjà qu'elle ne veut pas d'un destin médiocre et si elle se sent parfaitement à son aise et qu'elle est heureuse dans ce milieu d'artistes désargentés et de va-nu-pieds, elle comprend toutefois très vite que pour gravir les échelons sociaux, il lui faudra se diriger vers d'autres quartiers de la capitale, et vers d'autres fortunes. Trois hommes joueront un rôle providentiel dans sa vie: son ami d'enfance, Sam, l'aristocratique Geoffrey d'Albera et enfin, Nathan Destel, le médecin au grand coeur. Fanny parviendra-t-elle à ses fins? Finira-t-elle par mener la vie dont elle rêvait tant? Seule la fin de l'histoire nous le révèlera...

 

Parmi tous les traits marquants que j'apprécie dans les romans de Karine Lebert, il en est un qui revient immanquablement: c'est le mystère, celui qui est toujours maintenu jusqu'aux dernières lignes du livre. J'ai également adoré évoluer dans ce Montmartre que je connais bien et dans lequel je n'ai eu aucun mal à me transporter plus d'un siècle en arrière. J'ai ainsi senti les odeurs de la campagne, entendu chanter La Goulue et donc forcément, j'y ai entraperçu Fanny dévaler la Butte en quête de romanesque et de fortune, et je ne l'ai pas quittée d'une semelle jusqu'à la dernière page, à la fois amusée, parfois même exaspérée, par tant d'audace et de vénalité mais aussi par sa ténacité et pour finir, tout de même agréablement surprise par son sentimentalisme. Décidément, une sacrée personnalité très attachante que cette petite Fanny! 

 

Ed. Presses de la Cité, 2015

 

 

 

 


07 janvier 2019

"La Cité des dieux sauvages", Isabel Allende (trad. Alex Lhermillier)

 

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Pour moi, Isabel Allende, c'était surtout l'auteure du célèbre roman "La maison aux esprits" qui je l'avoue, ne me tentait pas plus que ça. Alors quand je suis tombée sur "La Cité des dieux sauvages", je me suis dit que ce thème-là avait une chance de me plaire et très franchement, ce fut effectivement une belle surprise. 

 

Isabel Allende est un écrivain chilien dont les romans sont traduits dans une trentaine de langues et vendus à des millions d'exemplaires. Ne serait-ce que par curiosité, je me devais par conséquent de plonger un jour dans son univers, et c'est chose faite! J'ai ainsi pénétré dans la jungle amazonienne, en compagnie de deux jeunes adolescents: l'américain Alexander Cold, âgé de quinze ans et de Nadia Santos, âgée elle d'une douzaine d'années. Cette dernière est la fille du guide de l'expédition scientifique menée par la grand-mère d'Alexander, l'intrépide journaliste new-yorkaise, Kate Cold,  pour le National Geographic. Tous s'enfoncent donc dans les profondeurs de l'Amazonie, à la recherche d'une dangereuse créature nommée par les indiens "La bête"...

 

Ce roman d'aventures s'est révélé une vraie bouffée d'oxygène sur fond d'exotisme, de croyances tribales et de mystères. Nos jeunes Indiana Jones n'ont rien à envier à leur maître: suspense et danger nous tiennent en haleine jusqu'à la fin, et ce pour notre plus grand plaisir! La jungle y est superbement décrite et le récit fourmille de mille détails authentiques mêlant ainsi habilement univers réel et imaginaire: on se laisse entraîner dans l'histoire, comme on le serait dans un conte.

 

"La Cité des dieux sauvages" est le premier volume d'une trilogie, dans laquelle on trouve ensuite "Le Royaume du Dragon d'Or" et "La forêt des Pygmées". Personnellement, je pense repartir très vite sous ces nouvelles latitudes...

 

Ed. Le Livre de Poche, 2004

Ed. Grasset, 2002

02 janvier 2019

"Les yeux de Sophie" de Jojo Moyes (trad. Odile Carton)

 

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Avant toute chose, je veux vous souhaiter une merveilleuse année 2019, emplie de bonheur, de douceur, de paix et surtout, de tout ce qui vous fera du bien à l'âme et au corps!

 

Je ne connaissais pas Jojo Moyes avant d'avoir découvert par hasard ce roman, "Les yeux de Sophie" mais je dois vous dire que j'ai littéralement "englouti" les 600 pages et que je n'ai qu'une envie: me plonger très rapidement dans ses autres livres!

 

"Les yeux de Sophie" est le titre d'un tableau réalisé au début du XX° siècle par le mari de Sophie Lefèbvre et qui a disparu dans la très grande confusion qui a entouré  la Première Guerre mondiale. En effet, Edouard Lefèbvre est artiste-peintre et prend alors son épouse pour modèle. Appelé sous les drapeaux dès le début du conflit, Edouard quitte donc sa femme, qui pour survivre se voit contrainte d'aller s'installer chez sa soeur à la campagne, où elle subit l'occupation allemande de plein fouet...

 

Le roman se déroule en fait sur deux époques et deux lieux différents: le nord de la France occupé pendant la 1ère guerre mondiale et le Londres d'aujourd'hui. Quel rapport entre les deux? L'histoire d'un tableau! On vogue d'une période à l'autre, à travers les sentiments des personnages et les méandres de l'Histoire. Un souffle romanesque poignant nous transporte dans cette trame très adroitement tissée: d'un personnage à l'autre, le message d'espoir est tenace et le travail d'enquête décrit est passionnant à suivre. Ainsi, toute l'histoire est prenante et je vous prédis quelques nuits écourtées, tant vous aurez hâte d'en découvrir les tenants et les aboutissants!

 

Vous l'aurez compris, j'ai tout aimé dans ce livre: les deux époques évoquées parallèlement (et notamment, le réalisme de la vie d'un village de campagne occupé), le style de l'auteure, la chute de l'histoire... Bref, une fois qu'on l'a commencé, il est bien difficile de s'arrêter!

 

Ed. France Loisirs, 2017

Ed. Milady, 2017

 

 

28 décembre 2018

Bonnes Fêtes à tous!

Bonjour à tous!

Je me fais un peu rare ces dernières semaines, en raison d'une fin d'année assez chargée mais je ne vous oublie pas et je n'oublie pas petit blog! En attendant de revenir très vite (c'est promis!) vous donner de nouvelles idées de livres à découvrir, je voulais vous souhaiter à tous de très... 


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A très bientôt ! 

Posté par Folie de plume à 19:22 - Commentaires [4] - Permalien [#]

03 décembre 2018

"La vie ne danse qu'un instant" de Theresa Révay

 

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Quand je commence un roman de Theresa Révay, je sais déjà que je vais faire un formidable voyage dans le temps et dans l'espace. C'est un peu comme de commencer à faire ses valises avant de partir en vacances et de sentir l'excitation monter...

 

Je suis ainsi partie cette fois sur les traces d'Alice Clifford, journaliste américaine et correspondante de guerre pour le New York Herald Tribune, de 1936 à 1945. La reporter se trouve à Addis Abeba quand le gouvernement éthiopien tombe entre les mains du Duce en 1936. Elle retourne alors à Rome, où elle fréquente la haute société romaine, et notamment l'entourage de Mussolini mais sans jamais pour autant se départir de son libre-arbitre. Elle sera ensuite envoyée en Espagne où elle sera témoin de l'avancée de Franco, soutenu par l'Allemagne. Elle fréquentera ainsi l'intelligentsia présente sur place dont l'écrivain Ernest Hemingway ou encore Antoine de Saint-Exupéry, alors journaliste de Paris-Soir. Ses liaisons, que ce soit avec un diplomate italien proche du pouvoir fasciste ou avec un journaliste allemand, ne parviendront jamais à l'entraver...

 

"La vie ne danse qu'un instant" apparaît comme une ode aux femmes libres, aux courageuses correspondantes de guerre qui ont, grâce à leur plume et à leur regard aiguisé, permis au monde de saisir l'actualité  dans son contexte réel. Le personnage fictif d'Alice Clifford côtoie les plus célèbres d'entre elles, telles Martha Gellhorn ou Virginia Cowles, et nous semble donc d'autant plus authentique. Theresa Révay nous offre ici une fois encore, un roman d'aventures mais aussi un roman historique, et c'est bien cette signature que j'apprécie tant chez elle!

 

"La vie ne danse qu'un instant" a reçu le Prix Simone Veil 2017.

 

 

Ed.Albin Michel, 2017

Ed. Le Livre de Poche, 2018

 

26 novembre 2018

"Rose" de Tatiana de Rosnay (trad. Raymond Clarinard)

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De Tatiana de Rosnay, j'avais déjà lu "Elle s'appelait Sarah", qui m'avait véritablement bouleversée, puis "Boomerang", qui m'ayant alors nettement moins enthousiasmée, m'avait poussé à prendre quelques distances avec cette auteure. Avec "Rose", j'ai décidé de m'accorder une nouvelle chance de me réconcilier avec le talent de Tatiana de Rosnay et... je me félicite de l'avoir fait!

 

Ce roman nous plonge dans le Paris de la deuxième partie du XIX° siècle, sous le règne de l'empereur Napoléon III et sous la férule du préfet de la Seine, le baron Haussmann. Ce livre a été initialement rédigé en anglais et son titre original est "The house I loved", qui en dit bien plus long sur son histoire que l'adaptation qui en a été faite en français, puisque la demeure familiale apparaît effectivement tel un personnage-phare du récit. Toutefois, je tiens à préciser qu'il ne s'agit nullement là d'une critique de ma part, puisque je suis entièrement d'accord avec le fait qu'une traduction littérale du titre aurait été fort maladroite, pour ne pas dire carrément "bancale". J'en profite d'ailleurs pour louer le travail du traducteur, Raymond Clarinard, qui nous livre un magnifique texte au niveau de langue élevé et parfaitement à la hauteur d'un écrit du XIX° siècle.

 

Le personnage principal, Rose Bazelet, se voit contraint d'abandonner sa maison familiale, située en plein coeur du quartier latin parisien, dans l'une des rues qui doivent être rasées afin de donner naissance au futur boulevard Saint Germain. En effet, sous la direction du baron Haussmann, le vieux Paris a été en grande partie remodelé dans un souci de modernité et d'assainissement, avec notamment la création de réseaux d'égoûts. Certaines petites rues ont ainsi laissé place à de grands boulevards qui ont redessiné la ville sur 60% de son territoire, et pas moins de 18 000 maisons ont donc été détruites entre 1852 et 1868. La trame de ce roman trouve précisément son ancrage dans la souffrance de l'expropriation vécue alors par de nombreuses familles parisiennes. Rose Bazelet, veuve et âgée de 59 ans, refuse de quitter son domicile. A l'heure de ce qui sonne pour elle comme le bilan de son existence, ce roman nous narre à travers une émouvante correspondance entre elle et son défunt mari, les bonheurs et malheurs de leur vie familiale, ainsi que les raisons profondes du choix définitif de Rose.

 

Tatiana de Rosnay a le don de complètement diversifier ses thèmes et ses univers d'inspiration (de façon parfois déroutante pour moi) mais j'ai vraiment été conquise par celui-ci! Je ne regarderai plus jamais les rues de Saint Germain des Prés de la même manière! Le personnage fictif de Rose restera pour moi à jamais associé à ce quartier que j'aime tant, et où je n'avais pas imaginé que tant de familles avaient souffert pour donner lieu à ce qu'il est aujourd'hui. L'ensemble du roman, s'il est évocateur de douleur, n'en est pas moins empreint de poésie et nous porte délicatement vers la détermination sans faille de Rose... C'est décidément une très belle lecture!

 

Ed. Héloïse d'Ormesson, 2011

Ed. Le Livre de Poche, 2012