12 juillet 2019

"Petit Pays", Gaël Faye

 

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Extrait:

"J'ai vécu mes plus belles années à Kamenge, sans m'en rendre compte, car sans cesse je pensais au jour d'après, espérant que demain serait mieux qu'hier. Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur."

Ces quelques mots de Donatien, l'un des personnages secondaires du roman et témoin de la situation, illustrent parfaitement à mon sens, l'atmosphère de ce livre, où chacun vit des moments sereins sans pour autant les savourer, sans réaliser que le chaos n'est pas loin et que le temps de la nostalgie viendra forcément par la suite...

 

Le jeune Gabriel, né d'un père français et d'une mère rwandaise, vit au Burundi en 1993 où il mène l'existence paisible d'un enfant de son âge, libre, heureux de jouer avec ses camarades issus comme lui d'une communauté d'expatriés, dans un pays qui du jour au lendemain, contaminé par une géopolitique africaine instable, ainsi que par les exactions commises dans les pays voisins, va à son tour sombrer dans la guerre civile et les génocides. Cette fiction, qui nous conte à la fois la fraîcheur et la poésie de l'enfance mais aussi la tragédie et la folie des hommes, est le reflet d'une société africaine profondément marquée par son Histoire récente. 

 

Gaël Faye, auteur, compositeur et interpète franco-rwandais, nous offre ici un premier roman extrêmement beau et poignant. De sa plume talentueuse, il nous révèle l'Afrique des années 1990 à travers le regard d'un enfant, d'abord empreint de pureté et de joie, de couleurs et de vibrations africaines, tellement heureux, tellement "enfant", qui va soudain basculer dans l'inimaginable, l'incompréhensible, ce que nous-mêmes, européens, n'avons pas forcément à l'époque saisi dans toute son horreur... L'auteur nous emmène ainsi dans son univers peuplé aussi bien de joyeux drilles que d'âmes égarées, et si par conséquent le message s'avère en effet dramatique, la forme, elle, nous subjugue et nous enchante tant elle est harmonieusement tournée. Un premier roman à ne manquer sous aucun prétexte!

 

"Petit Pays" a été récompensé par le Prix Goncourt des Lycéens 2016, ainsi que par le Prix du Roman Fnac et le Prix du Premier Roman.

 

Ed. Le Livre de Poche, 2017

Ed. Grasset, 2016


02 juillet 2019

"L'autre héritière", Lauren Willig (trad. Cécile Arnaud)

 

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J'ai initialement découvert l'auteure américaine, Lauren Willig, à travers le roman "Ashford Park" dont je n'avais fait qu'une bouchée, aussi n'ai-je pas hésité en voyant qu'un autre de ses livres venait de sortir!

 

Dans l'Angleterre des années folles, Rachel Woodley, une jeune gouvernante anglaise apprend lors du décès de sa mère que son père, le comte d'Ardmore dont elle se croyait orpheline depuis sa plus tendre enfance, est toujours vivant et a même fondé une autre famille. Abasourdie par cette découverte et entraînée par le grain de folie d'un journaliste mondain rencontré par hasard, la jeune femme se lance alors dans un jeu de rôles où elle endosse l'identité d'une certaine Véra Morton, pseudo-jeune aristocrate libérée et moderne, et ce dans le seul dessein de pouvoir approcher son père et ses proches, et d'obtenir ainsi des réponses aux multiples questions qui la hantent désormais.

 

Si vous aimez les histoires "old England", vous aimerez "L'autre héritière". La trame est fort bien ficelée: on pense rapidement deviner ce qu'il en est mais en réalité, le suspense est maintenu jusqu'à la fin. On se demande si la jeune Rachel finira par vendre son âme au diable, perdue parmi tant de doutes, d'interrogations et dans un milieu qu'elle ne connaissait que depuis l'autre côté du miroir, ayant été jusqu'à présent elle-même l'employée de riches aristocrates. La période post-guerre des années folles se prête formidablement au souffle romanesque de ce livre: les blessures physiques et morales endurées à cause du conflit fournissent une toile complexe aux sentiments des principaux protagonistes. Enfin, le milieu austère et psycho-rigide propre à l'aristocratie britannique de cette époque permet de compliquer à souhait des situations déjà délicates...

 

Ed. Pocket, 2019

Ed. France Loisirs, 2018

Ed. Presses de la Cité, 2017

21 juin 2019

"Thésée et le Minotaure", Clotilde Bruneau, Mauro de Luca et Luc Ferry

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La collection de bandes dessinées "La Sagesse des Mythes" dont fait partie cet album, a été conçue et écrite par Luc Ferry, spécialiste de la mythologie grecque (et accessoirement, ex-Ministre de l'Education Nationale), et illustrée par Mauro de Luca, célèbre dessinateur de BD italien.

 

J'ai choisi de vous présenter ici le titre "Thésée et le Minotaure" mais pour en avoir lu plusieurs de cette collection, je peux affirmer que tous offrent une version pédagogique et assez concise de ces épisodes mythologiques célèbres. L'auteur ne se perd pas en conjectures et va droit aux faits, le tout étant superbement servi par de très belles illustrations. C'est une collection destinée aux jeunes (à partir de 11 ans, je dirais) et aux adultes, pourvu que l'on soit un tant soit peu féru du thème...

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Enfin, les dernières pages de l'album constituent une sorte de mini-cahier pédagogique offrant une succincte analyse philosophique du mythe. Si vous cherchez une idée de cadeau à offrir à un(e) jeune ado, je peux vous dire qu'autour de moi, la collection a fait ses preuves, aussi bien auprès des enfants que des parents!

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Ed. Glénat, Coll. "La Sagesse des Mythes", 2016

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17 juin 2019

"Aux Livres Exquis", Fanny Vandermeersch

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"Aux Livres Exquis"... Avec un titre pareil, je n'avais bien entendu aucune chance de résister à ce roman! Après, il est vrai que n'en attendant finalement rien de particulier, si ce n'était de passer un agréable moment promis par le genre littéraire "feel good" annoncé en couverture, je dirais que le contrat est plutôt rempli.

 

L'histoire est celle de Chloé, une jeune mère de famille qui ne travaille pas et qui s'ennuie. Mariée à un "coup de vent" sans cesse en déplacement professionnel, elle découvre un jour une annonce pour un emploi de serveuse dans un café littéraire et décroche alors très facilement le poste. Or, si le courant passe tout de suite entre elle et le comptable, qui est également le frère du patron, les choses s'avèrent plus ardues avec ce dernier... Et quand en plus, une mystérieuse cliente habituée des lieux oublie un jour son carnet de croquis, dans lequel Chloé semble être sa principale source d'inspiration, la situation devient alors mystérieuse mais aussi un peu tendue...

 

Pour être tout à fait honnête, l'histoire est assez plaisante car elle ne se limite pas à une simple romance. Toutefois, ce qui m'a un peu moins enthousiasmée, c'est le style de l'auteure, un peu trop "parlé" à mon goût. Je dois dire que c'est la première fois que je lis un roman feel good rédigé directement en français et je crois que c'est ce qui diffère des romans anglo-saxons qui ont eux été traduits... C'est un avis qui n'engage que moi et bien évidement, je respecte le choix de l'auteure. Cela ne doit pas pour autant vous faire renoncer à cette lecture, si comme moi vos ingrédients favoris sont réunis, à savoir: livres, cupcakes et café. C'est donc au demeurant une lecture distrayante, vraiment facile à lire et que l'on "consomme" très rapidement!

Ed. Charleston, 2017

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13 juin 2019

"Le ciel après la pluie", Clara Sánchez (trad. M. -O. Fortier-Mazek)

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Clara Sánchez, célèbre auteure espagnole récompensée à maintes reprises, signe avec "Le ciel après la pluie" un roman peu commun qui m'a de prime abord quelque peu décontenancée, avant de m'envoûter...

 

La vie semble tout particulièrement sourire à Patricia, jeune mannequin-vedette espagnole, qui évolue entre l'univers de la mode où elle fait carrière et celui de la peinture, à travers le travail de son mari artiste-peintre. Mais un jour, une inconnue rencontrée dans un avion lui déclare que quelqu'un dans son entourage souhaite sa mort. Si dans un premier temps, la jeune femme apporte peu de crédit à une telle affirmation, elle en viendra à très sérieusement s'interroger quant à sa véracité, à la suite de nombreux incidents aux conséquences fâcheuses, qui viendront jalonner son existence depuis ce fameux vol et cette rencontre marquante.

 

Je dois dire qu'au début, je n'étais pas franchement enthousiaste à l'idée de me pencher sur la vie d'un jeune mannequin, persuadée qu'on s'immergerait-là dans un monde superficiel et inintéressant. Or, ce dont il est question dans ce livre, ce n'est pas de décrire l'univers du mannequinat mais en réalité, de suivre la progression d'une jeune femme que la vie a gâtée et qui du jour au lendemain voit ses certitudes et ses acquis complètement ébranlés. Et nous, lecteurs, suivons son cheminement, curieux de savoir si ces spéculations sont fondées ou bien, si nous sommes confrontés à une belle démonstration des pouvoirs de l'auto-suggestion et de l'emprise du psychisme sur le corps... Et si pourtant cette menace était bien réelle? De qui viendrait alors le danger?...

 

Comme il n'est pas question de dévoiler ici l'histoire, vous n'en saurez pas plus. Je peux simplement vous dire que de mon "peu emballée" du début du livre, j'en suis très rapidement venue à mettre mon réveil plus tôt le matin pour découvrir la fin du roman, c'est dire...

 

"Le ciel après la pluie" a reçu le Prix Planeta en 2013: prix littéraire espagnol créé en 1952 et qui récompense des romans originaux et inédits, écrits dans la langue de Cervantes.

 

Ed. Le Livre de Poche, 2016

Ed. Hachette / Marabooks, 2015


06 juin 2019

"L'aviatrice", Paula McLain (trad. Isabelle Chapman)

 

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"J'avais... des chevaux en Afrique", ainsi aurait pu commencer ce livre, telle une ode à "La ferme africaine" de Karen Blixen, dont il est si souvent question dans cette histoire...

 

"L'aviatrice" dont l'auteure est la poétesse américaine, Paula McLaine, se déroule en effet au Kenya dans les années 1920. C'est un magnifique roman d'apprentissage qui voit grandir et évoluer la jeune Beryl Clutterbuck dans une Afrique encore sauvage. Abandonnée par sa mère à son père, fermier et éleveur de chevaux, alors qu'elle n'a que quatre ans, l'enfant bénéficiera d'une éducation proche de la nature qui fera d'elle une femme libre, peu soucieuse des conventions et donc assez singulière pour son époque. Elle partagera la passion de son père pour les chevaux et deviendra la première femme entraîneuse de chevaux de course, avant de devenir des années plus tard, la première aviatrice à accomplir un vol transatlantique en solitaire.

 

Il faut savoir que cet ouvrage est une biographie romancée: Beryl Clutterbuck a bel et bien existé. Elle fut l'amie de Karen Blixen et la maîtresse de l'amant de cette dernière, l'insaisissable Denys Finch Hatton. C'était une âme libre, pas complètement dénuée de principes et de loyauté mais fidèle avant tout à son instinct et à sa nature...

 

Si vous avez aimé "La ferme africaine", vous vous plongerez avec sensualité dans ce roman qui ne pourra vous décevoir: la magie africaine décrite avec talent et poésie par l'auteure opère totalement! Les souvenirs du livre de Karen Blixen mais aussi du superbe film "Out of Africa" (tiré de l'oeuvre écrite) rejaillissent aussitôt. Les personnages de Meryl Streep et de Robert Redford reprennent immédiatement vie dans notre imaginaire et on se laisse dès lors transporter dans la brousse, où souffle un vent de liberté qui scelle le destin de deux femmes remarquables, indépendantes et modernes pour leur époque.

 

Un dernier point pour vous dire que je suis tombée par hasard sur ce livre car je n'en avais jamais entendu parler auparavant et donc vous ne pouvez imaginer à quel point je suis ravie de vous le faire découvrir! N'allez pas vous imaginer que ce roman est une pâle copie ou une redite des écrits de Karen Blixen, non, cette oeuvre s'inscrit plutôt dans une sorte de continuité et c'est vraiment là son principal atout je pense... 

 

Ed. France Loisirs, 2018

Ed. Le Livre de Poche, 2017

Ed. Presses de la Cité, 2015

31 mai 2019

"Une vie avec Alexandra David-Néel", Fred Campoy & Mathieu Blanchot

 

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Ed. France Loisirs, 2019

Ed. Bamboo, 2016

 

Une fois n'est pas coutume, c'est de bandes dessinées dont je vais vous parler aujourd'hui. J'ai toujours aimé les BD pourvu que les illustrations soient belles (peut-être un renvoi aux livres d'images de mon enfance...) et que l'histoire parvienne à "m'accrocher", alors de temps en temps, je me ferai plaisir en vous en présentant une.

 

Commençons donc par celle-ci intitulée "Une vie avec Alexandra David-Néel": tout est dans le titre, puisqu'il s'agit de la vie de la célèbre exploratrice. Je n'ai lu que le 1er livre pour l'instant mais je sais déjà que je lirai les deux suivants... En effet, tout est plaisant dans cet album: d'abord, la vie passionnante de l'héroïne qui fut philosophe, écrivain, mais aussi exploratrice donc, et qui fut notamment la première personne occidentale à pouvoir pénétrer à Lhassa en 1924, au coeur du Tibet alors interdit. Personnage fantasque, voire caractériel, comment pourtant ne pas être éperdue d'admiration devant un tel charisme?...

 

Le livre commence alors qu'Alexandra David-Néel est âgée de 90 ans. Il s'inspire des souvenirs de Marie-Madeleine Peyronnet, qui fut engagée par la vieille dame pour l'aider dans son quotidien, et qui restera dix ans à son service.

 

Les illustrations sont magnifiques. On a une alternance de pages en couleurs qui décrivent le passé de l'héroïne, et de dessins en noir et blanc pour ce qui est de la narration au présent. Quand je parviens à me plonger dans un album de BD avec la même délectation que dans un roman, c'est plutôt bon signe... Un dernier point pour finir:  c'est une BD qui s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux jeunes lecteurs, et ça aussi, c'est vraiment bien je trouve.

 

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27 mai 2019

"Le Brouillard de l'aube", Christian Laborie

 

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Christian Laborie est un auteur que j'avais envie de découvrir depuis longtemps mais curieusement, c'est un peu le hasard qui a mis ce titre entre mes mains, lequel hasard a très bien fait les choses tant j'aurais été embarrassée pour choisir parmi une bibliographie ô combien fournie. Et j'avais de surcroît, je dois bien l'avouer, une très légère réticence car voyez-vous, M. Laborie est un auteur de romans "régionaux" (non, promis, je ne dirais pas "de terroir", M. Laborie...), genre qui n'a pas ma préférence, et pourtant il se trouve que j'ai dévoré ce roman!

 

L'action se déroule en grande partie durant la Seconde guerre mondiale. "Encore!", me suis-je d'abord dit, car même si ce contexte historique est inévitablement favorable à bon nombre d'évènements, de situations ou de faits parfois dramatiquement romanesques, je sature à présent un tantinet face à la période. Toutefois, je me suis vite rendue compte que cet ouvrage représentait bien plus qu'un énième livre sur la guerre. Et cela, principalement pour deux raisons.

 

La toute première, je l'ai devinée dès la préface, rédigée par l'auteur lui-même, et dans laquelle il nous révèle avoir été professeur d'histoire/géographie en collège et nous fait part de son désir d'initier ses élèves aux dures réalités du conflit de 1939-45 (et notamment aux camps de concentration) à travers ce livre, sans pour autant heurter la sensibilité de leurs jeunes consciences. Après lecture, je peux vous confirmer que sa mission a été remplie! L'histoire nous entraîne sur les traces d'une famille juive allemande installée en France en 1939 pour fuir le régime nazi dans son pays, et dont l'un de leurs enfants, la petite Célia, sera adoptée par le pasteur Henri Muller et sa femme. Les drames vécus par cette famille sont contés certes avec réalisme mais aussi avec beaucoup de tact et d'habileté, sans que l'on se noie dans l'effroi ou le pathos. Les faits sont révélés sans être surenchéris, et cela n'ôte rien au souffle romanesque de l'histoire.

 

La deuxième raison qui me fait tant apprécier ce livre, c'est le thème de la quête, à la fois identitaire et spirituelle, que l'on y découvre. Une jeune femme juive élevée par un pasteur protestant, voilà qui soulève forcément des interrogations et des remises en question chez la principale intéressée... Je craignais cependant que cela puisse être quelque peu rébarbatif, il n'en fut rien. Bien au contraire, le cheminement personnel de l'héroïne est fort beau je trouve, et réellement touchant.

 

Pour conclure, je dirais simplement que Christian Laborie est vraiment un excellent conteur, et tellement pédagogue! L'Histoire elle-même sert de trame au roman et non l'inverse, comme c'est souvent le cas. Et s'il est vrai que les Cévennes y sont joliment décrites, je ne dirais pas que l'auteur nous offre ici un roman "régional" mais plutôt un roman historique! En tout cas, un roman qui m'a complètement séduite!

 

Ed. De Borée, coll. Terre de poche, 2018

Ed. France Loisirs, 2018

Ed. Retrouvées, 2018

Ed. De Borée, 2011

 

20 mai 2019

"Coeur de lapin", Annette Wieners (trad. Lucie Raignant)

 

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"Coeur de lapin" est le premier roman de la scénariste allemande, Annette Wieners. Il a créé la sensation outre-Rhin dans la catégorie "romans policiers" et comme j'avais envie depuis quelques temps déjà de renouer avec le genre, cherchant un auteur allemand à découvrir à l'occasion d'un court séjour chez nos voisins, je me suis lancée.

 

Cette histoire nous entraîne en Allemagne sur les traces de Gesine Cordes, une ex-enquêtrice de la brigade criminelle, qui suite au décès de son petit garçon a quitté son poste, sa famille et sa vie pour se glisser dans une forme de survie animale, en s'occupant des fleurs du cimetière où est enterré son fils. Son filet de vie vacille de nouveau le jour où elle se rend compte que les couronnes mortuaires dont elle est en train de s'occuper sont destinées aux obsèques de sa propre soeur, avec qui elle avait rompu toute relation. Coupée de son ancien monde depuis des années, Gesine va toutefois d'instinct retrouver ses réflexes d'enquêtrice...

 

Je dois vous avouer que j'avais quelques réticences en commençant la lecture de ce livre: les enlèvements et décès d'enfants sont des sujets que j'évite d'ordinaire, mon âme sensible de maman ne supportant pas trop ces tragédies, fussent-elles purement fictives. Or j'ai été agréablement surprise car happée dès le départ par l'intrigue, je suis passée outre ces considérations pour ne plus suivre que l'enquête et ses aboutissants. Et s'il est vrai qu'en dehors des classiques d'Agatha Christie découverts lors de mon adolescence, puis des non moins célèbres "Mary Higgins Clark" absorbés en quantités mémorables durant mes années d'étudiante, mon expérience du genre est quelque peu limitée, cela ne m'empêchera pas de vous dire que je pense sincèrement qu'il s'agit-là d'un très bon "polar". L'intrigue est bâtie autour du deuil certes mais aussi autour du sentiment de culpabilité et des mécanismes psychologiques de la reconstruction: c'est complexe, intéressant et prenant. On accompagne ainsi l'héroïne dans sa recherche de la vérité mais aussi dans sa quête intérieure, et le suspense est au rendez-vous!

 

Ed. Pocket, 2018

Ed. France Loisirs, 2018

Ed. Robert Laffont, 2016

13 mai 2019

"Les Sortilèges du Tremblay", Karine Lebert

 


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La sortie en édition de poche du livre de Karine Lebert, "Les Sortilèges du Tremblay", fut pour moi l'occasion d'extraire de ma pile à lire l'exemplaire broché qui attendait sagement son tour, et de plonger avec un immense plaisir dans cette mystérieuse histoire.

 

Tout débute en Irlande à la fin du XIX° siècle lorsque Dairine O'Shea, une jeune dentellière issue d'un milieu paysan, se voit contrainte de quitter sa famille et son pays pour migrer vers la Bretagne, où elle peut envisager une vie meilleure à en croire les prédictions de sa grand-mère, dont les présages n'ont jamais été démentis par le passé. La jeune fille est ainsi envoyée au Manoir du Tremblay, où elle fera l'objet d'une malédiction, qui se reportera ensuite sur plusieurs générations...

 

Avec ce roman, on pénètre dans l'histoire d'une famille de 1845 à 1980, essentiellement à travers ses personnages féminins,  mais aussi dans l'univers des sortilèges et des malédictions, en parfait accord avec la Bretagne, terre de contes et légendes, s'il en est. L'histoire est prenante, on suit avec curiosité et intérêt ces destins de femmes qui s'enchaînent et se mêlent, qui trébuchent et se cognent mais qui avancent... jusqu'au dénouement, jusqu'à la révélation du secret familial. Et comme souvent dans les romans de Karine Lebert, l'issue inattendue nous cueille par surprise, chose que j'adore!

 

Pour finir, je vous redirais que les romans "régionaux" (pour ne pas dire "de terroir" puisque j'ai lu hier qu'un célèbre auteur du genre exécrait cette appellation! Personnellement, je n'y ai jamais vu aucun dénigrement, bien au contraire...) ne comptent pas parmi mes favoris, sauf ceux de cette auteure qui, une fois encore constituent pour moi l'exception qui confirme la règle. Alors pourquoi, me direz-vous? Parce que son style est fluide et plaisant, descriptif sans être excessif, la trame y est finement brodée (comme les dentelles des héroïnes), les détails historiques bien présents et enfin, l'empathie toujours ressentie, pour mieux nous... ensorceler! J'ai lu ce roman à un moment de "petit moral" et en m'emmenant dans son univers, il m'a fait un bien fou: sortilège?....

 

Ed. De Borée, coll. Terre de poche, 2019

Ed. De Borée, 2013