03 décembre 2018

"La vie ne danse qu'un instant" de Theresa Révay

 

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Quand je commence un roman de Theresa Révay, je sais déjà que je vais faire un formidable voyage dans le temps et dans l'espace. C'est un peu comme de commencer à faire ses valises avant de partir en vacances et de sentir l'excitation monter...

 

Je suis ainsi partie cette fois sur les traces d'Alice Clifford, journaliste américaine et correspondante de guerre pour le New York Herald Tribune, de 1936 à 1945. La reporter se trouve à Addis Abeba quand le gouvernement éthiopien tombe entre les mains du Duce en 1936. Elle retourne alors à Rome, où elle fréquente la haute société romaine, et notamment l'entourage de Mussolini mais sans jamais pour autant se départir de son libre-arbitre. Elle sera ensuite envoyée en Espagne où elle sera témoin de l'avancée de Franco, soutenu par l'Allemagne. Elle fréquentera ainsi l'intelligentsia présente sur place dont l'écrivain Ernest Hemingway ou encore Antoine de Saint-Exupéry, alors journaliste de Paris-Soir. Ses liaisons, que ce soit avec un diplomate italien proche du pouvoir fasciste ou avec un journaliste allemand, ne parviendront jamais à l'entraver...

 

"La vie ne danse qu'un instant" apparaît comme une ode aux femmes libres, aux courageuses correspondantes de guerre qui ont, grâce à leur plume et à leur regard aiguisé, permis au monde de saisir l'actualité  dans son contexte réel. Le personnage fictif d'Alice Clifford côtoie les plus célèbres d'entre elles, telles Martha Gellhorn ou Virginia Cowles, et nous semble donc d'autant plus authentique. Theresa Révay nous offre ici une fois encore, un roman d'aventures mais aussi un roman historique, et c'est bien cette signature que j'apprécie tant chez elle!

 

"La vie ne danse qu'un instant" a reçu le Prix Simone Veil 2017.

 

 

Ed.Albin Michel, 2017

Ed. Le Livre de Poche, 2018

 


26 novembre 2018

"Rose" de Tatiana de Rosnay (trad. Raymond Clarinard)

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De Tatiana de Rosnay, j'avais déjà lu "Elle s'appelait Sarah", qui m'avait véritablement bouleversée, puis "Boomerang", qui m'ayant alors nettement moins enthousiasmée, m'avait poussé à prendre quelques distances avec cette auteure. Avec "Rose", j'ai décidé de m'accorder une nouvelle chance de me réconcilier avec le talent de Tatiana de Rosnay et... je me félicite de l'avoir fait!

 

Ce roman nous plonge dans le Paris de la deuxième partie du XIX° siècle, sous le règne de l'empereur Napoléon III et sous la férule du préfet de la Seine, le baron Haussmann. Ce livre a été initialement rédigé en anglais et son titre original est "The house I loved", qui en dit bien plus long sur son histoire que l'adaptation qui en a été faite en français, puisque la demeure familiale apparaît effectivement tel un personnage-phare du récit. Toutefois, je tiens à préciser qu'il ne s'agit nullement là d'une critique de ma part, puisque je suis entièrement d'accord avec le fait qu'une traduction littérale du titre aurait été fort maladroite, pour ne pas dire carrément "bancale". J'en profite d'ailleurs pour louer le travail du traducteur, Raymond Clarinard, qui nous livre un magnifique texte au niveau de langue élevé et parfaitement à la hauteur d'un écrit du XIX° siècle.

 

Le personnage principal, Rose Bazelet, se voit contraint d'abandonner sa maison familiale, située en plein coeur du quartier latin parisien, dans l'une des rues qui doivent être rasées afin de donner naissance au futur boulevard Saint Germain. En effet, sous la direction du baron Haussmann, le vieux Paris a été en grande partie remodelé dans un souci de modernité et d'assainissement, avec notamment la création de réseaux d'égoûts. Certaines petites rues ont ainsi laissé place à de grands boulevards qui ont redessiné la ville sur 60% de son territoire, et pas moins de 18 000 maisons ont donc été détruites entre 1852 et 1868. La trame de ce roman trouve précisément son ancrage dans la souffrance de l'expropriation vécue alors par de nombreuses familles parisiennes. Rose Bazelet, veuve et âgée de 59 ans, refuse de quitter son domicile. A l'heure de ce qui sonne pour elle comme le bilan de son existence, ce roman nous narre à travers une émouvante correspondance entre elle et son défunt mari, les bonheurs et malheurs de leur vie familiale, ainsi que les raisons profondes du choix définitif de Rose.

 

Tatiana de Rosnay a le don de complètement diversifier ses thèmes et ses univers d'inspiration (de façon parfois déroutante pour moi) mais j'ai vraiment été conquise par celui-ci! Je ne regarderai plus jamais les rues de Saint Germain des Prés de la même manière! Le personnage fictif de Rose restera pour moi à jamais associé à ce quartier que j'aime tant, et où je n'avais pas imaginé que tant de familles avaient souffert pour donner lieu à ce qu'il est aujourd'hui. L'ensemble du roman, s'il est évocateur de douleur, n'en est pas moins empreint de poésie et nous porte délicatement vers la détermination sans faille de Rose... C'est décidément une très belle lecture!

 

Ed. Héloïse d'Ormesson, 2011

Ed. Le Livre de Poche, 2012

22 novembre 2018

"Belleville au coeur" de Christian Page

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J'ai découvert Christian Page l'hiver dernier sur les réseaux sociaux, sûrement comme beaucoup d'entre vous. Il était alors à la rue et postait régulièrement ses coups de gueule dénonçant ainsi la difficulté à trouver ne serait-ce qu'un bout de trottoir où pouvoir passer la nuit, tant les sdf sont chassés de toutes parts à Paris. Pseudos parkings à vélos, bordures métalliques à pics anti-pigeons, tout cela n'a en réalité qu'un seul objectif: déloger ceux qui n'ont pourtant déjà plus de logement. Sa verve et sa lucidité m'avaient alors interpellée, encore plus que je ne l'étais déjà, sur le sort de tous ceux qui finissent bien souvent oubliés de tous.

 

Or il y a quelques semaines, j'ai de nouveau entendu parler de Christian Page en apprenant qu'il avait écrit un livre. Je dois l'avouer, ma première réaction a été de me dire qu'acheter ce livre serait pour moi une façon de l'aider à s'en sortir. Toutefois, et maintenant que je l'ai lu, je peux affirmer que s'en tenir à cet état d'esprit serait beaucoup trop réducteur par rapport à tout ce que son témoignage m'a apporté. Christian Page est un sacré personnage! C'est un humaniste, un homme resté fidèle à lui-même et à ses valeurs, qui à un moment donné de sa vie a certes perdu pied à cause du départ de sa femme et de son fils mais qui n'a jamais oublié qui il était.

 

"Belleville au coeur" raconte ses chroniques de la rue, ses amis d'infortune, le regard des gens, "notre" regard mais également la difficulté à survivre quand on n'a plus rien et le fait de ne pas perdre de vue son humanité. C'est un témoignage qui a été écrit "dans la rue", avec tout ce que cela comporte de compliqué de se livrer à un tel exercice quand on ne sait même pas où se poser. C'est un témoignage très émouvant, très lucide mais aussi plein d'humour et de positivisme. La principale préoccupation de Christian est de pouvoir revoir son fils. Moi j'aimerais lui dire que ce fils (dont il a été privé pendant quatre ans et qui a aujourd'hui seize ans) sera certainement très fier de son père à la lecture de ce livre. Très fier de voir que malgré  ses égarements, son père a su rester droit et digne, qu'il a su rester un homme, tout simplement, là où la société aurait pu le briser à jamais...

 

Ed. Slatkine & Cie, 2018

17 novembre 2018

"Rendez-vous au Cupcake Café" de Jenny Colgan (trad. Anne Rémond)

 

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Voilà, je vous en parlais il y a quelques jours, impossible pour moi de résister aux lectures-gourmandises!

 

Concernant l'auteure, Jenny Colgan, cela faisait un petit moment déjà que j'avais envie de la découvrir à travers son premier succès "La petite boulangerie du bout du monde". Or le hasard a finalement voulu, au détour d'une visite chez mon libraire habituel, que nous fassions connaissance autour de ses cupcakes.

 

 Isabel Randal, dîte Izzy, est une jeune londonienne qui travaille dans une société immobilière, où elle s'ennuie prodigieusement. Sa véritable passion est en fait la pâtisserie car elle a été élevée par un grand-père boulanger, qui lui a transmis son art et son talent. Aussi, le jour où elle se fait licencier par son petit ami, avec qui de surcroît elle travaillait, elle décide d'ouvrir un Cupcake Café dans lequel elle pourra enfin se vouer à sa passion. Simplement, si l'idée semble très séduisante sur le papier, il se trouve que dans la réalité les choses ne s'avèrent pas toujours aussi aisées...

 

Bon, j'ignore si après avoir lu ce roman je suis devenue une pro du cupcake mais en tout cas, je peux dire que j'ai passé un bon moment! Les chapitres sont parsemés de recettes de gâteaux (sous forme de lettres envoyées par son grand-père à Izzy) et je pense donc pouvoir encore progresser... Le personnage d'Izzy est en quelque sorte une Bridget Jones de la pâtisserie: pas vraiment dans son élément professionnel avant sa reconversion, c'est une "maladroite de la vie" qui est encore à la recherche de l'âme soeur. Elle est gauche, rigolotte, elle manque d'assurance et est très attachante. Pour être honnête, on ne peut pas dire qu'il y ait énormément de rebondissements, c'est même plutôt le contraire: l'histoire est un peu cousue de fil blanc mais qu'importe, elle est si mignonne Izzy que cela n'est pas bien grave et on se laisse prendre au jeu avec plaisir. Je dirais que c'est tout à fait une "lecture cupcake" finalement: appétissante (de par son titre), moelleuse à souhait (tendresse des personnages principaux) et bien sucrée (du sentiment!). 

 

Ed. Prisma, 2017

Ed. Pocket, 2018

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14 novembre 2018

"Suzon" de Louise Bachellerie

 

 

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Un esprit rebelle allié à une volonté farouche, ainsi qu'à une solide constitution, voilà Suzon, femme d'avant-garde dans la France du XVIII° siècle...

 

 

Issue d'une famille bourgeoise, Suzon est dès son plus jeune âge, un vrai garçon manqué, ce qui la mènera tout droit au très strict couvent des Ursulines, afin d'y parfaire son éducation et de calmer ses ardeurs de modernité. Mais s'y étant liée d'amitié avec une jeune élève bretonne, elle passera ses années d'enfermement bercée par les histoires de corsaires racontées par cette dernière. Les années de couvent n'auront donc aucune prise sur Suzon et la jeune fille n'en ressortira que plus avide encore de liberté, alors qu'elle n'a que 17 ans. Ainsi à sa sortie du couvent, après avoir vécu des amours tragiques, la jeune rebelle n'hésitera pas une seconde à se travestir en homme, afin de pouvoir enfin succomber à l'appel du large en s'embarquant à bord d'une frégate et partir vivre mille vies en sillonnant les mers...

 

Pas réellement adepte des histoires de flibusterie, j'ai néanmoins adoré ce roman d'aventure. Quel personnage que cette Suzon! On la suivrait, et en fait on la suit vraiment, au bout du monde! Louise Bachellerie nous décrit une femme libre du siècle des Lumières, une battante qui n'a pas froid aux yeux et une audacieuse qui mène sa vie tambour battant, comme au rythme des tempêtes essuyées en mer. C'est une lecture au cours de laquelle on ne s'ennuie pas une minute avec plein de rebondissements, de péripéties et de trésors à découvrir. Amour et amitié y ont également une part belle. Et puis, cerise sur le gâteau, l'ensemble est porté par un style narratif et un niveau de langue raffinés, tout droit sortis du XVIII° siècle, qui nous donnent le sentiment de replonger dans la lecture de nos grands classiques: c'est un enchantement! En résumé, un gros coup de coeur, en ce qui me concerne, pour l'histoire si magnifiquement contée de cette féministe en herbe!

 

Et si vous succombez vous aussi au charme de Suzon, sachez qu'il est le premier volume d'une trilogie intitulée "Les maîtresses  du temps " qui comporte ensuite les titres "Louise", puis "Claire", dignes descendantes de leur téméraire aînée...

 

Ed. Delpierre, 2014

Ed. Points, coll. Grands Romans, 2015

 

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11 novembre 2018

"Du miel pour les abeilles" de Cathy Kelly (trad. Nelly Ganancia)

 

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Bon, comme vous commencez maintenant à me connaître un peu, il va bien falloir que je vous avoue une chose: j'ai un petit souci dès qu'un titre est évocateur de gourmandise, j'ai beaucoup de mal à y résister! "Du miel pour les abeilles" me semblait donc bien doux pour une lecture de vacances et je vous confirme que je me suis régalée!

 

 

L'auteure, Cathy Kelly, nous emmène en Irlande, dans la petite ville de Redstone, où trois femmes qui traversent chacune une période difficile de leur existence, font connaissance et se lient d'amitié. Ainsi, alors que Frankie connaît des problèmes de couple, la jeune Peggy, elle, se bat pour réaliser son rêve d'ouvrir une boutique de tricot et se construire par là-même sa propre identité. Quant à Lillie, l'australienne, c'est le décès récent de son mari et la découverte d'un pan du passé de sa famille qui la mènera jusqu'en Irlande.

 

Ce roman est un vrai petit cocon, parfait pour les longs week-ends pluvieux. Il est certes pétri de bons sentiments mais pas mielleux pour autant (oui je sais, elle était facile celle-là...). En entrelaçant ces trois générations de femmes, ce livre nous apporte une belle réflexion sur le sens de la vie et pour tout vous dire, après ça je serais bien allée m'installer à Redstone... "Du miel pour les abeilles" est sûrement un "livre de filles", un peu comme ces téléfilms de Noël que l'on regarde douillètement lovée au fond de son canapé et que l'on juge néanmoins sévèrement. Or, il n'y a pas de mal à se faire du bien car la philosophie y est belle et le sentimentalisme que l'on y trouve nous ramène toujours à l'essentiel: l'amour des autres et la confiance en soi. Bref, une belle leçon qui fait chaud au coeur! 

 

Ed. Presses de la Cité, 2015

Ed. Pocket, 2016

07 novembre 2018

"Le Disparu du bois de la Caillette" de Judith Rapet


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A l'occasion du centenaire de la fin de la Première guerre mondiale, je ne pouvais manquer de vous parler de ce roman "Le Disparu du bois de la Caillette" qui nous décrit de façon très réaliste le climat de cette période ô combien difficile.

 

En Charente-Maritime, la jeune Mathilde a grandi à la campagne entre ses deux meilleurs amis, les frères Georges et Aristide mais la guerre étant déclarée, les jeunes gens sont mobilisés et ils doivent tous les trois se séparer. La vie à la campagne se déroule alors au rythme des nouvelles envoyées par les jeunes soldats et de leurs rares permissions. La belle amitié du trio se muera en histoire d'amour mais entre la cruauté des combats, l'enfer des tranchées et l'impitoyable grippe espagnole, combien d'entre eux en réchapperont ?...

 

Inspiré d'une véritable correspondance de l'époque, ce roman nous fait revivre l'actualité de la Grande Guerre presque jour par jour, sur fond de batailles historiques célèbres relatées avec moult précisions: Verdun, le Chemin des dames, etc... toutes (ou presque) y sont. Les personnages sont tous emportés dans la tourmente du conflit, qu'ils soient sur le front ou pas, tout comme l'ont été tous les jeunes de leur génération. On tremble pour et avec eux, en imaginant très concrètement l'enfer de ce qu'ils vivent au cours de ces quatre années. Le triangle amoureux apporte une belle touche romanesque, là où l'horreur aurait pu l'emporter. Très joliment écrite, cette oeuvre, qui rend aussi un bel hommage aux Poilus, permet de lier idéalement la connaissance de la guerre de 1914-18 et une bien belle histoire sentimentale: à découvrir sans hésiter!

 

Editions de Borée, 2015

02 novembre 2018

"La séparation" de Dinah Jefferies (trad. Daphné Bernard)


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C'est une amie qui m'a offert ce livre, qu'elle avait elle-même beaucoup aimé et je dois dire que grâce à elle, je viens de faire un bien beau voyage alors: merci Isa!

 

Dinah Jefferies est une romancière britannique mais qui a grandi en Malaisie. En 1985, suite à un drame familial, elle décide de se consacrer à l'écriture et "La plantation" sera son premier roman. L'action de ce livre se déroule ainsi dans les années 1950, entre la Malaisie qui s'apprête alors à prendre son indépendance du Royaume-Uni dans un contexte de guérilla, et l'Angleterre. 

 

Lydia Cartwright, une jeune maman de deux petites filles qui vit en Malaisie avec sa famille, a dû s'absenter plusieurs semaines pour se rendre au chevet d'une amie gravement malade. A son retour, quelle n'est pas sa stupéfaction de trouver sa maison complètement vide! Mari, enfants, serviteurs et meubles: tous ont disparu! Commence alors une longue quête, un périlleux périple dans un pays en proie aux troubles politiques, à travers jungle et territoires en guerre, pour essayer de retrouver la trace de ses filles. Trahison, déception, perte d'êtres chers, rien ne lui sera épargné au cours de sa longue errance et pourtant, toujours elle se relèvera et tiendra tête au destin. 

 

"La séparation" est résolument un roman riche en émotions. C'est un roman-fleuve comme je les aime, qui nous transporte en d'autres lieux, d'autres époques. La Malaisie et sa jungle notamment y sont subtilement décrites, rendues envoûtantes à souhait et propices à créer une atmosphère parfois pesante mais en tous cas toujours mystérieuse et magique. Le dénouement, quant à lui, est à la hauteur de tout le roman: terriblement prenant...

 

Ed. Presse de la Cité, 2014

Ed. Charleston (Poche), 2017

30 octobre 2018

"La louve blanche" de Theresa Révay


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Il y a quelques jours, je vous parlais de l'une de mes auteures préférées en la personne de Karine Lebert. Je ne pouvais donc manquer de vous faire découvrir très rapidement derrière, l'autre écrivain dont je suis également une inconditionnelle: Theresa Révay.

 

C'est en lisant "La louve blanche" que j'ai découvert cette romancière. Très vite, j'ai adoré ses talents de narratrice mais aussi d'historienne. Elle offre ainsi dans ses romans, à travers un véritable travail d'investigation qui va jusqu'au souci du détail, une vérité historique et sociologique qui nous fournit les clés permettant de comprendre le déroulement des évènements, ainsi que les réactions des personnes de l'époque.

 

"La louve blanche" nous raconte l'histoire de Xénia Ossoline, une jeune russe blanche obligée de prendre le chemin de l'exil avec sa famille pour fuir la révolution bolchévique. Installée à Paris, elle fera la connaissance de Max von Passau, un photographe allemand qui bouleversera sa vie. De Saint-Petersbourg à Paris, puis à Berlin, ces personnages sont portés par un vrai souffle romanesque qui s'épanouit d'autant mieux qu'il les porte à travers diverses périodes tourmentées, allant de la révolution russe à la montée du nazisme en Allemagne (on aura ainsi vraiment l'impression d'être en coulisses et d'assister, aussi impuissants qu'eux, au déferlement de la vague de haine sur l'Europe), se poursuivant ensuite jusqu'à la fin de la 2nde guerre mondiale. 

 

Avec ce roman, Theresa Révay nous emporte dans un véritable tourbillon émotionnel. Et ce qui est absolument formidable, à mon sens, et qui m'épate dans toutes les oeuvres de cette auteure, c'est sa faculté intrinsèque de mêler si habilement Histoire et récit romanesque! Rêver, frémir avec des personnages si hauts en couleur, tout en découvrant ou redécouvrant certaines périodes ou faits historiques: un pur bonheur! 

 

Et si ce roman vous plaît, sachez qu'il a connu un tel succès qu'il a donné lieu à une suite intitulée "Tous les rêves du monde"...

 

Ed. Belfond, 2008

Ed. Pocket, 2009

Ed. France Loisirs, 2017

 

 

 

23 octobre 2018

"La tresse" de Laetitia Colombani

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Voilà un mois que ce petit blog est né et vous savez à présent que je choisis de ne vous parler que de livres que j'ai réellement aimés. Eh bien dans le genre, je dirais que celui-ci est une pépite! C'est un roman qui vous marque, une histoire magnifique! Il fait partie de ces livres qu'on garde en soi longtemps après les avoir finis...

 

 

"La tresse" nous emmène sur les traces de trois femmes. On suit ainsi le destin de Smita en Inde, une intouchable et jeune mère de famille, de la belle Giulia en Sicile, destinée à reprendre la succession de l'atelier de son père et enfin, de Sarah au Canada, brillante avocate alors au sommet de sa profession. Trois femmes, trois vies, trois continents, trois cultures, qui se battent, chacune à leur façon pour leur liberté...

 

Outre la trame de l'histoire qui est remarquablement pensée, j'ai particulièrement apprécié (alors que d'habitude ce n'est vraiment pas le cas dans ce type de scénarios) de passer très régulièrement d'un personnage à l'autre à chaque changement de chapitre. Il faut préciser que ces derniers étant très courts, on ne s'y perd pas du tout, bien au contraire on se situe toujours très aisément dans la progression des personnages. Et on avance ainsi, au fur et à mesure, émotionnellement de l'une à l'autre de ces femmes jusqu'au dénouement final. 

 

Curieusement, j'ai mis du temps avant de me lancer dans ce roman qui était un peu perdu au beau milieu de ma PAL (pile à lire), peut-être parce que j'en avais déjà beaucoup entendu parler et que j'avais peur d'être déçue, alors ne faîtes pas comme moi! Ne tardez pas: ce serait dommage de vous priver plus longtemps de cette si belle et émouvante histoire !

 

"La tresse" est le premier roman de Laetitia Colombani. Il a reçu le Prix Relay des voyageurs lecteurs, le Trophée des Femmes de l'économie et le Globe de cristal du meilleur roman.

 

 

Ed. Grasset, 2017

Ed. Le Livre de Poche, 2018